LE 31e GROUPE DE F.T.A

C'est le 16 septembre 1943 que fut créé le 31e G.A.F.T.A à Marrakech, dans cette Afrique libérée depuis quelques dix mois et toute occupée à fournir les armes de la Libération. La création d'un tel groupe, à quatre batterie de 40m/m Bofors, répondait à la nouvelle forme de guerre qui veut une artillerie légère douée du don de l'ubiquité, c'est à dire de la possibilité d'être partout en même temps et surtout là où on l'attend le moins.

Ce serait mentir que de dresser un tableau brillant de cette naissance. Il est vrai de dire que les débuts furent difficiles : les cadres proviennent des 201, 202 et 203e sections autonomes de mitrailleuses ; beaucoup sont encore à l'instruction. Quant au matériel, ce n'est que le 30 octobre qu'arrivent les premières Jeeps et le 5 novembre les premiers canons. Nous dûmes attendre encore un mois avant de pouvoir monter en G.M.C.

Cependant, avec les seuls moyens du bord on travailla, de sorte que nous fûmes prêts à prendre part aux manoeuvres et écoles à feu de fin 1943 sur la plage de Mogador.

Première étape du grand retour, nous rejoignons mi-décembre la 5e Division Blindée en Oranie. Le 31e F.T.A comprend alors 17 officiers, 53 sous-officiers, 495 hommes de troupe, équipés de 15 Jeeps, 23 Dodges, 70 G.M.C, 32 canons de 40.

Alors se succédèrent les exercices d'embarquement, les tirs de D.C.A sur les plages de Nemours ou de Saida . . . vie d'attente, de travail et d'impatience.

15 août. Une nouvelle, attendue depuis longtemps, nous parvient : la Première Armée Française venait de débarquer en France.

Chaque jour qui s'écoulait fut pour nous une journée de deuil : nous ne serions pas des premiers ! Impuissants, nous assistions à la libération du sol natal

Le 15 septembre, enfin, l'ordre d'embarquer arriva. Jamais ordre ne fut plus joyeusement exécuté. Le 25 septembre, à 17h, par un de ces beaux couchers de soleil dont l'Afrique a le secret, où le ciel et la mer se renvoient leurs teintes de pourpre et d'or - spectacle qui enchanta nos romantiques, - lentement, pesamment, le long convoi s'ébranla : l'aventure africaine était terminée.

Le 30 septembre, Marseille, la vieille cité phocéenne, libérée au prix de combien de pertes, nous apparaissait, enrobée dans je ne sais quelle indéfinissable mirage, car c'était la porte de France.
C'est dans la rade de l'Estaque que nous accostâmes.

Notre aventure héroique débuta dans le secteur de Montbéliard, pour se terminer sur les rives enchanteresses du lac de Constance. Cela se passait du 15 novembre 1944 au 8 mai 1945. Que de spectacles inoubliables qui firent de nous non des "D.C.istes" passifs, mais des artilleurs légers, des artilleurs d'assaut !

Le 10 décembre, c'est Hachimette où s'illustra la batterie D : il s'agissait de protéger le flanc gauche de l'attaque en direction d'Orbey - ce sera l'affaire de nos 40 - puis de défendre Hachimette, lieu stratégique, pour la prise duquel l'ennemi engage ses meilleures troupes. En face, Goumiers et Légionnaires, appuyés par les half-track de la " D ". L'ennemi est repoussé à la grenade et à la mitraillette.

Nous avions conquis l'estime des Goumiers et des Légionnaires. L'on a pu dire que sans les F.T.A, Hachimette aurait été reprise par l'Allemands. Celui-ci ne se sentait pas encore battu et contre attaquait dans les Ardennes. La " D " ne saurait jouir d'un quelconque repos : il s'agit de vider l'abcès de Colmar.

Dans cette opération, nous accompagnons le peleton spécial de la 5e D.B, qui attaque crânement. Les chars suivent. Les half-track, tels des purs sangs, doublent tout. Leur chef ordonne de passer : Colmar est à 3km . . . les chars sont doublés . . . c'est le ruch final . . . Colmar, 1 km . . . Colmar ! La rue Saint-Stanislas est dévalée à 60 à l'heure . . . le quartier de la Gestapo est atteint . . . les mitrailleuses crachent . . . les prisonniers se rendent . . . Colmar est libéré !

Le half-track de tête poursuit sa route jusqu'à la barrière sud, les autres cernent le quartier de la Gestapo. Les chars, qui descendent majestueusement l'Hitlerstrasse des beaux jours du nazisme, sont bientôt transformés, tant l'atmosphère est à la joie, en chars humais, d'où s'égayent des multitudes d'Alsaciennes, en costume régional soigneusement préparé pour ce jour tant attendu. 

La Batterie B n'a rien à envier à la Batterie D. N'est-ce pas elle qui, à Hartausen près de Tubingen, attaqua une forte colonne ennemie. Accrochage violent qui permit de mettre en relief l'esprit de camaraderie et de sacrifice des combattants : un officier ayant été bléssé, deux de ses camarades, un Lieutenant et un Capitaine, se portèrent immédiatement à son secours. Ils le ramenèrent sur leurs épaules, mais une nouvelle explosion devait achever le Lieutenant et blesser le capitaine.

Pendant ce temps, la Batterie C, opérant avec le C.C.6, se voyait attribuer des missions de D.C.A, protection du P.C sans préjudice d'autres missions de reconnaissance ou de renseignements. Elle s'en tirait partout avec honneur ; le chiffre de ses pertes est garant de sa combativité.

Enfin, la Batterie A devait, à Ameurschwir, nuit et jour sous un déluge de feu, défendre chaque pouce de terrain jusqu'à la déroute de l'ennemi. A Benfeld, sur les rives souriantes de l'Ill, un tir roulant d'artillerie devait causer des pertes sanglantes. Luttant de vitesse avec la fin des hostilités, la Batterie A ne tentait-elle pas de prendre d'assaiut le tunnel de l'Arlberg ?

Qu'une citation à l'ordre du Corps d'Armée vienne consacrer tant d'efforts et tant d'héroisme, cela n'a guère d'importance en regard des pertes. Vous fûtes des meilleurs, les meilleurs sans doute, vous, Sous-Lieutenant Cambus, vous, Maréchal des Logis Granger, qui avez forcé l'estime de vos camarades et de vos chefs : raison froide, volonté inflexible, vous saviez ce que vous faisiez, les dangers auxquels vous vous exposiez. Le tout, vous l'avez compris crânement en hommes ! Et vous , Brigadier-Chef Biron qui, deux jours avant votre glorieuse mort, songiez à partir aux parachutistes, vers encore plus de danger. Et vous tous, Moise Gillier, René Blavy, Pierre Simard, Georges Ducanda, André Olivarez, Albert Prenez, jeune homme de seize ans et demi, mascotte des half-track qui, à l'heure où d'autres ne pensent qu'au plaisir, avez songé que la jeunesse est faîte pour l'héroisme. Et vous, Maxime Molinuevo, François Pascal, Marius Pera, Marcel de Yebra - et vous, nos amis, Mohamed ben Salah, Brigadier Mohamed ben Hamed, Salah ben Hamar, Krheib ben Mohamed, vous qui avez quitté vos douars et êtes descendus de l'Atlas pour venir mêler votre sang à notre sang, recevoir les mêmes coups, participer aux mêmes Honneurs. Vous avez tous compris que tant que l'on n'a pas tout donné, l'on a rien donné !

Aujourd'hui, le 31e F.T.A est dissous.

Son passé, riche d'expérience et de gloire, ne peut disparaître de nos coeurs.

Trois batteries, rattachées aux trois groupes d'Arillerie de la Division, auront la charge et l'honneur de poursuivre la route que nous avons tracé depuis quatre ans, de conserver le souvenir de nos morts et de perpétuer, dans l'avenir, nos belles traditions.

 

Brigadier Guy DECOUTY
31e F.T.A
Extrait de la revue de la 5ème D.B (Juin 1947)



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